26 février 2018

L’aventure d’une vigne en Bretagne

Par In Actus

Acte 1 – Du sémaphore originel, construit sous Napoléon III et planté à 33 mètres de hauteur, point culminant de la presqu’île de Quiberon, il ne reste que la tour ronde intérieure. La robuste vigie se dresse sans apparats. Brute, sèche, elle ne dénote pas de la lande alentour qui lui chatouille les pieds. Accoudé tout là-haut à la table d’orientation de la tour, Hervé Bourdon, le chef du Petit Hôtel du Grand Large, contemple le paysage. Une fois de plus et sans jamais se lasser. Depuis 10 ans qu’il arpente ces terres, Hervé les connaît évidemment parfaitement. Au sud, l’isthme de Penthièvre étrangle la presqu’île qui file ensuite vers Carnac et la Trinité à l’Est, alors qu’à l’Ouest, ce sont les tours de Lorient qui se dessinent à l’horizon. Une petite rotation et l’on devine Belle-Île et Groix. Aux pieds de cette tour de Locmaria, un terrain de 2000 m2 vient d’être entièrement retourné par la pelleteuse désormais éteinte. C’est là, dans l’ancienne presqu’île agricole, au coeur de la lande et d’une multitude de parcelles morcelées, que Catherine, Hervé Bourdon et Françoise Bedel ont décidé de planter de la vigne. 

« Oh c’est encore bien trop tôt pour parler de cépages ! Voyons ce que le sol nous raconte et l’on verra après pour le reste… » Fidèles à leurs fortes convictions, Catherine et Hervé Bourdon, accompagnés donc dans cette aventure de Françoise Bedel « la pionnière de la biodynamie en Champagne, » progressent sereinement. « C’est surtout le projet de Catherine et Françoise, tient à préciser Hervé en préambule, même si l’aventure le titille tout autant. Nous sommes dans une démarche qualitative. On ne va pas brûler les étapes et, au final, tenter de réaliser un vin en biodynamie de qualité. Nous allons être confrontés à mille problèmes, mais nous allons tenter, à chaque fois, de trouver des solutions. Il faut essayer pour voir… »

Terre et sol prometteurs

Orientée ouest-sud-ouest, la parcelle, louée à la mairie, semble idéalement inclinée. « C’est un coteau ! Et on est pas mal du tout en inclinaison, même si on ne sait pas encore comment nous allons orienter les rangs de vigne, » lance le chef étoilé de Portivy en grattant le sol avec ses bottes jaunes. « On en a bavé pour tout retourner ! Tu parles, c’était la seule parcelle encombrée avec du merisier. La terre ici est noire, elle ne s’amalgame pas, c’est qu’elle est riche. » Une bonne terre associée à un sous-sol qui promet. « Le sol est très minéral, nous sommes sur le socle granitique, c’est parfait. » Hervé soulève une pierre…  « Regarde, on voit même les différentes couches géologiques… c’est feuilleté… Du micaschiste nous a-t-on dit. » 

L’ami Cyril de retour 

En attendant, Catherine, Françoise et Hervé vont faire appel à une vieille connaissance pour soigner et préparer l’environnement. Le paysan céramiste Cyril Dennery, qui les a déjà accompagné en permaculture et qui signe toutes les incroyables assiettes du Petit Hôtel du Grand Large. Ensemble, ils vont reconstituer des haies spécifiques en permaculture afin de protéger la parcelle des vents. « Dans le même temps, avec tout ce que l’on a sorti en débroussaillant, on va broyer et faire un brf pour pailler le terrain puis appliquer les premiers traitements biodynamiques pour le sol. On a besoin d’apporter des informations au sol sur ce que l’on va lui demander dans les prochains temps, à savoir un travail de décomposition racinaire. »

Une fois ce sol entre terre et mer ragaillardi, « nous planterons les porte-greffes en automne ou tout début 2019. Ensuite il faudra les tailler pendant 3 ans, bien les laisser se mettre en place afin qu’ils s’enracinent au plus vite et le plus profondément possible dans le sol… Il faut qu’ils aillent chercher toute la minéralité dont le vin aura besoin. » Emmitouflé dans sa chaude chemise de bucheron à carreaux, le cuisinier sait que le temps sera long avant de pouvoir récolter. Il arpente le terrain de long en large, sort quelques racines, renifle la terre, mesure sa parcelle au pas de l’oie. « Il y a tant de dangers à déjouer ! Le vent, le sel, l’humidité, les champignons… Mais bon, on va s’y confronter. Et puis nous sommes hyper contents et optimistes. Au moins, côté heures d’ensoleillement et gel on est parfait ! » Outre l’expertise particulièrement précieuse de Françoise Bedel, Catherine et Hervé Bourdon peuvent compter sur les conseils de nombreux amis vignerons, aux premiers rangs desquels les Jousset et Jérôme Bretaudeau. « Ils vont venir nous voir, nous conseiller… pour la vinification, rien ne nous empêche d’aller vinifier chez eux, on verra… »

De retour sur le chemin, Hervé embarque dans l’impressionnant et vintage pick-up V8. « Il faut au moins ça pour aller dans le vignoble, lance-t-il dans un grand éclat de rire. En descendant, on va passer devant une autre parcelle où nous allons planter de la vigne. L’idéal en fait serait de récupérer des terres pour constituer un domaine de 4 ha. Chez nous, vu le morcellement, cela représente au moins 8 ou 9 parcelles ! » Avec peut-être, ici et là, des cépages différents. « On verra… » L’aventure ne fait que commencer. Elle s’annonce trépidante, passionnante, sans concession, à l’image de Catherine et Hervé Bourdon, si précieux à la Bretagne du bien manger et du bien vivre tout simplement. A suivre donc (dans l’Acte 2).

 

Texte & Photos © Olivier MARIE – Goûts d’Ouest

 

Écrit par Olivier Marie

Journaliste culinaire professionnel écumant les salles de restaurant et les cuisines de l'Ouest depuis plus de dix ans.
2 commentaires
  1. Laurence Le Port 26 février 2018

    Bravo ! Mon grand père y était guetteur sémaphoriste ! Ca me fait toujours plaisir de revoir la lande de Kernavest ! Merci beaucoup !

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  2. Pierre LIVORY 26 février 2018

    Bravo ! On attendra, car on est patients …. comme des pêcheurs savent l’être !

    Répondre

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L’aventure d’une vigne en Bretagne

par Olivier Marie temps de lecture : 4 min
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