14 décembre 2012

Romain Pouzadoux, l’Imaginaire

By Olivier Marie In Actus

Lorsque l’on quitte l’Imaginaire restaurant brestois de Romain Pouzadoux, et que l’on s’apprête à enquiller 2h40 de RN12 direction Rennes, on se dit que l’on va enfin pouvoir réfléchir sereinement à cette question lancinante qui trottine en tête depuis la fin de cette belle rencontre : pourquoi Romain Pouzadoux n’est-il pas plus connu et présent dans le paysage gastronomique breton ? Non parce que ce jeune homme n’a rien d’un blé en herbe quand même ! Installé depuis 7 ans sur Brest, il est tout simplement le plus ancien restaurant gastronomique de la cité du Ponant ! Bien avant l’Armen ou le M, les deux restaurants étoilés de la place. Sept ans sur Brest, et avant cela, un passage éclair chez Patrick Jeffroy, une place à Montignac, une autre à Cape Cod ou encore à Arcachon…

Alors ? Alors évidemment celui qui n’a jamais goûté à l’Imaginaire serait tenté de répondre que, s’il n’est pas plus connu c’est tout simplement parce que sa cuisine n’en vaut pas la peine et puis basta, le débat est clos. Oui mais celui-là n’a justement pas dégusté les Saint-Jacques ravioles de tête de veau, butternut et noisettes, le filet d’agneau fumé, artichaut et oignons de Roscoff ou encore à le dessert mariant astucieusement pomme et oseille.

Rien à voir avec la cuisine donc… ça c’est une certitude.

Et voilà qu’en longeant les Monts d’Arrée, une idée fait son chemin… Et si Romain Pouzadoux n’entrait tout simplement pas dans les schémas actuels ? S’il ne correspondait pas aux codes qui régissent la gastronomie d’aujourd’hui ? Contrairement à un homme pressé, Romain Pouzadoux n’est pas l’homme médiatique et n’a pas les faveurs des médias (à l’exception de papiers parus dans Saveurs ou sur le site A Tabula). Ce « corniaud mi Auvergnat mi Breton » comme il le dit lui-même n’est pas du genre exubérant à courir les opérations marketing pour accumuler on ne sait quels profits immédiats. N’étant pas passé par la case grosse écurie, il ne bénéficie pas non plus du lancement médiatique de tel ou tel boss de la restauration et fait sa com’ tout seul par « commentaire », « statut » ou « j’aime » interposé. « Ce n’est pas que l’on soit complètement paumé sur Brest, mais un peu enclavé quand même, alors c’est vrai que les réseaux sociaux me permettent de m’ouvrir, de regarder ce qui se fait ailleurs. Sans copier, je m’en nourris et c’est vrai que j’aime particulièrement la cuisine d’un Kobe Desramaults à In De Wulf, celle d’Alexandre Couillon avec qui nous nous sentons très proches… Les réseaux sociaux ont été très importants dans l’évolution de ma cuisine. Avant j’étais déjà dans quelque chose de contemporain, mais certainement moins abouti. Depuis 3 à 4 ans ma cuisine est plus personnelle. »

L’Imaginaire bientôt en travaux

Aujourd’hui Romain Pouzadoux assume non seulement sa cuisine, mais va encore un peu plus loin. Il bouscule une fois de plus les codes. « Il faut faire preuve d’audace tout simplement parce qu’il y a écrit l’Imaginaire sur la façade et qu’il faut s’y tenir ! » Menu unique d’emblée, ça en chatouille forcément quelques uns. « Mais l’on observe que les clients osent et se laissent conduire. Nous nous sommes aperçus que les clients allaient de plus en plus vers les plats avec une prise de risque alors nous nous sommes dit : pourquoi pas un menu unique tous les jours ? » Une formule adoptée en mars dernier et déclinée en sept plats – 2 entrés, 2 plats, 1 fromage, 2 desserts – pendant une dizaine de jours. « Au déjeuner, le changement est quotidien. » Un menu unique sur lequel le chef ne s’interdit ni les huîtres, ni les abats ! Osé on vous dit. « En fait, j’aime bien inciter les clients à aller vers des produits où ils ont des a priori. Mais là, c’est aussi le travail de la salle. » Des exemples ? Une grosse crevette, avocat, caviar de hareng et perles de wasabi. Un lieu étuvé, mousseline de topinambour, ail noir et lomo. Une pulpe d’oignon au vinaigre de fleurs de sureau, chèvre sec glacé, lardons et pain séché…  « Parfois quand même, on régresse vers des classiques, » surtout l’hiver, sourit le chef. Comme avec cette tourte au lièvre ou ce lièvre à la royale, les Paris-brest en pâtisserie…

Jusqu’à présent peu en osmose avec cette cuisine contemporaine, le restaurant va s’offrir dès le début d’année (4 janvier / 10 février) une petite cure de jouvence. « Nous allons restructurer l’ensemble de la maison, ouvrir la cuisine, casser les cloisons… Et puis en profiter pour investir dans un sous-vide, une plancha… histoire d’élargir la gamme technique, aujourd’hui restreinte aux cuissons rôties, poêlées, au four… »

Une cuisine tranchée, une formule osée, un caractère affirmé. Le cocktail idéal pour déranger et… séduire. Goûts d’Ouest l’a été en tout cas. Séduit par la créativité, la justesse des cuissons, la modernité, le discours du chef. Tout ce que l’on a envie de défendre dans la gastronomie bretonne.

L’Imaginaire, 23 Rue Fautras – 29200 Brest. Tél. 02 98 43 30 13

Photos des Recettes : L’Imaginaire

 

4 Comments
  1. hervé 14 décembre 2012

    Eh bah voilà !!!!

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  2. sten 14 décembre 2012

    Completement d’accord avec cet article parfaitement rédigé .
    Et quand on connait l’age du chef, on se dit qu’avec les années, on a pas fini de prendre du plaisir à manger chez romain et charlotte ….

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  3. isabelle mobihan 14 décembre 2012

    moi , je suis un gars des abers , face à l’île vierge , né dans un shaker de goémoniers du pays pagan et de paroissien de Notre Dame du Folgoet, le 29 n’existait pas que tout le monde savait que au bout du bout
    il y avait quelque chose?
    Des hommes ,des guerriers , des chouans , des terriens, des goémoniers…. et des persévérants et aujourd’hui je ne suis pas surpris et les gars du Léon ne le seront pas non plus de constater que entres Landerneau et les dunes de Ménéham en passant par
    les champs de choux fleurs qu’il y a des gens plein de talents à la pointe du Finistère……mais allez- y bon dieu…
    Pour infos le pardon du Folgoet c’est le 1 er dimanche de septembre .Tenue correcte exigée .
    Luc Mobihan

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  4. laurent 10 janvier 2013

    Bravo pour la qualité de vos articles (écriture, photos) et surtout pour votre « acuité » gastronomique. Il faudra être aveugle pour ne pas voir dans le couple Pouzadoux les futurs « grands » du pays de Brest. Sans doute la table la plus inventive et juste du nord finistère. Encore pas assez connue car l’humilité est l’apanage des grands…

    Votre sélections de bistrots bretons est juste…juste retour des choses pour des gens comme Chris de l’Arsouille qui mouille sa chemise tous les jours pour une assiette abordable, les gars (et les filles) du Globulle rouge suivent le même chemin et en plus ils aiment le vin !

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Romain Pouzadoux, l’Imaginaire

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