21 novembre 2019

Adieu l’Arsouille, je t’aimais bien tu sais…

Par In Actus

On va certainement pleurer cette semaine. Alors rien ne sert de cacher nos émotions, pleurons ! Pleurons mais amusons-nous aussi, sourions, rions, embrassons-nous et surtout, buvons ! Buvons ces vins frais, ces vins naturels, ces vins de soif que Kris nous a si souvent servis, dans ces carafes d’un autre temps. Buvons ces primeurs, qui tombent d’ailleurs comme un cadeau du ciel, pour fêter la fin de ce merveilleux bistrot. Buvons à la santé d’un ami, buvons à la santé de l’Arsouille !

Oui l’Arsouille ferme ses portes à la fin du mois. C’est dans moins de 10 jours. Mon Dieu, aura-t-on le temps de tout lui dire ? Aura-t-on le temps de lui montrer toute notre reconnaissance ? Aura-t-on le temps de le serrer fort dans nos bras pour le remercier ? Maintenant ou plus tard, il faudra le prendre ce temps, parce qu’il le mérite. Lui, Kris, ce prince du bistro, qui si bien sublimé son art. L’Arsouille ? Vous n’aviez pas encore poussé la porte que ce nom vous interpellait, vous séduisait, vous susurrait à l’oreille « viens, entre, ici tu vas bien manger, bien boire et bien rigoler. » Mon Dieu ce que nous y avons bien mangé, trop bu et incroyablement ri ! L’Arsouille, connu dans l’Hexagone comme le loup blanc, dans les vignobles, chez tous les bistrotiers, chez les chefs étoilés qui aimaient tant faire chez lui ce qu’ils ne pouvaient se permettre chez eux. Se lâcher tout simplement. Grâce à Kris, et à Marianne et à Dary du Tire-Bouchon qui, hasard du calendrier, tirent leur révérence au même moment, le bistrot rennais a rayonné. Et ceux qui suivent seraient d’ailleurs bien avisés d’aller trinquer cette semaine à la santé de ces défricheurs. 

Evidemment, tout le monde ne le regrettera pas. Eh oui, c’est souvent ce qui arrive lorsque les gens sont entiers et finalement terriblement humains. Kris est de cette trempe. Le type qui ne fait pas semblant. Celui qui cuisine mal lorsqu’il est mal. Celui qui dit les choses. Tout simplement. Tout sincèrement. Jamais il n’a triché, s’emportant parfois lorsque la remarque du client, qui lui reprochait un prix trop élevé, une cuisson trop courte, un vin pas assez… ne lui plaisait pas. A l’Arsouille, c’était lui le roi. Le roi du partage, de la gouaille, de la générosité, de la transmission, de la simplicité et des accords percutants en cuisine. Ce roi là, stakhanoviste du beau produit, a trôné 17 ans derrière les comptoirs de son bistrot de la rue Paul Bert à Rennes. Je dis « les » en pensant à celui du bar évidemment, mais aussi à celui de la cuisine. Surtout celui-là d’ailleurs, où les habitués venaient s’attabler, comme le maraicher Jean-Paul Bocel le mercredi midi après son marché, “Papy” plusieurs fois par semaine et tellement de vignerons, ses amis de toujours. Derrière son comptoir, l’élégant artiste bistrotier aux lunettes improbables appelle les bouteilles, remplit les verres, découpe la terrine, détaille le boudin, envoie ses assiettes avec la gestuelle d’un danseur de tango. Simple, percutant, juste. 

Nous allons être nombreux à avoir le ventre noué, à nous regarder, un peu perdu quand même, orphelins, l’envie de chialer. Mais pas maintenant. Pas encore. Fêtons Kris et fêtons l’Arsouille comme il se doit, sans penser au lendemain.

Olivier MARIE

C’est depuis longtemps un secret de polichinelle. Christophe Gauchet a donc vendu l’Arsouille. C’est une équipe formidable qui reprend cette institution. Une équipe formée par deux couples, bien connus des amoureux de la gastronomie rennaise : Sibylle Sellam et Grégoire Foucher, propriétaires de l’excellentissime Bercail, seront en effet associés à Pierre Lucas (ex Ima) et Caroline Lenormand, tous deux en place depuis plusieurs mois déjà à l’Arsouille. Sibylle Sellam et Grégoire Foucher conservent évidemment le restaurant Bercail. Goûts d’ouest vous en dira beaucoup plus début décembre, et vous dévoilera notamment le nouveau nom… Mais d’ores et déjà, cela promet.

L’Arsouille – 2012 / 2019

Écrit par Olivier Marie

Journaliste culinaire professionnel écumant les salles de restaurant et les cuisines de l'Ouest depuis plus de dix ans.

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Adieu l’Arsouille, je t’aimais bien tu sais…

par Olivier Marie temps de lecture : 3 min
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