14 mai 2013

Glou glou d’Ouest

Par In Actus

Christophe Boisselier Gouts d'Ouest

Cela ne vous a certainement pas échappé, à l’exception du Muscadet, la Bretagne n’est pas une terre viticole ou de pauvre facture. Vous pensez qu’il en a toujours été ainsi ? Petit retour en arrière avant de finir par une dégustation…

On a découvert un pressoir à Piriac-sur-mer dans la région de Guérande, près d’une ferme dont l’origine remonterait entre le 1er  et le 3eme siècle. Le cidre n’étant produit que beaucoup plus tard (et accéléré au 16ème siècle par Colbert), on suppose qu’il s’agit du premier pressoir à vin connu dans la région. Mais l’histoire du vin et de la Bretagne a rapidement tourné court. Suite au refroidissement climatique du 10eme siècle et aux décrets royaux des 17eme et 18eme siècles défavorables à la production de vins en Bretagne, la vigne a pratiquement disparu de la péninsule à l’exception du vignoble nantais, lié aux activités du port de Nantes. Le phylloxéra s’est chargé de sonner le glas de la vigne en Bretagne, même si quelques pieds perdurent encore ici ou là. La production de vin à titre commercial y est interdite.

Le degré d’alcool privilégié à la finesse…

La consommation de vin se développe entres les 2 guerres et c’est dans les années 50 qu’il devient boisson de table. Dans les cafés, les marins et les ouvriers trinquent «à la tournée de rouge», les femmes le coupant parfois avec de la limonade. Certains l’allongent «à l’eau» pendant le repas, car l’offre de vins, qui arrive pour une grande partie par bateau, est constituée de vins algériens, du Languedoc et d’Italie. Le degré d’alcool étant privilégié à la finesse. Et puis avec le temps, le breton devient plus exigent et par la mer arrive le vin de Bordeaux, surtout de Saint-Emilion et par la terre les vins d’Anjou et de Saumur. Depuis les années 60 la consommation de vin en Bretagne diminue, comme dans le reste du pays d’ailleurs. Elle est en augmentation très légère chez les jeunes malgré une consommation majeure de bières et spiritueux.

Alors que la législation européenne autorise l’ouverture de nouvelles exploitations viticoles à titre familial (moins de 10 ares), la France n’a pas octroyé ce droit officiellement mais semble tolérer ces petits vignobles. Il est toutefois clair que la législation européenne, comme la législation française, interdit toute nouvelle production de vin à titre commercial en Bretagne ou ailleurs.

200 viticulteurs en Bretagne ?

Malgré tout, la Bretagne compterait de 100 à 200 viticulteurs en dehors du vignoble nantais, du Nord de la Loire jusqu’à Quimper sur les coteaux du Braden et de la presqu’île du Rhuys jusqu’à Renac prés de Redon en passant par le Val de Rance. Sans oublier, le vin de Rennes, la cuvée du Haut Quineleu dans le quartier Sainte Thérèse, où il reste de la vigne plantée par les ouvriers des ateliers de la gare il y a près de 80 ans.

Une de mes grandes surprises de dégustation fut la découverte, dans la cave d’un particulier dont nous avions acheté la totalité des vins, d’une caisse de Muscadet 1961 et de quelques magnum de 1971. Mes connaissances de l’époque et ma jeunesse me disaient que ce serait un bon vin pour la cuisine et que ce n’était même pas la peine d’y mettre le nez. Et puis la curiosité me fit ouvrir la bouteille, histoire de confirmer ce que l’on lit dans les livres : «le muscadet est un vin qui se boit jeune.» A température ambiante, dans un gobelet en plastique, je me verse une rasade de «Mus», La vie était en train de me donner une leçon « Ne juge pas avant d’avoir goûté ! » Un nez élégant d’arômes musqués (c’est du Muscadet ), de caramel au beurre salé, de vanille avec une légère pointe d’oxydation, un nez de grand Bourgogne (le Melon de Bourgogne, le cépage du muscadet fut introduit en 1635 dans le pays Nantais). En bouche, une attaque ronde et ample et une longueur moyenne, l’acidité qu’il faut pour maintenir un équilibre harmonieux. Les Magnums de 1971 étaient de la même trempe, avec un peu plus de vivacité et de fraicheur.

Il n’y a pas de petites ou grandes régions viticoles. Il y a des petites et des grandes bouteilles. Depuis, je goûte et je cause ensuite… Yec’hed mat

Écrit par Olivier Marie

Journaliste culinaire professionnel écumant les salles de restaurant et les cuisines de l'Ouest depuis plus de dix ans.
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Glou glou d’Ouest

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