8 janvier 2015

Poursuivre après Charlie…

Par In Actus

Comment réécrire sur la gastronomie ce jour d’après Charlie ? Une journée seulement après que mes confrères sont tombés pour avoir défendu ma liberté ? Je suis journaliste, mais je me dis que je ne fais décidément pas le même métier, bien à l’abri dans les restaurants bretons.

Hier en fin de matinée, je poursuivais l’écriture d’un papier sur les éventuels étoilés bretons. Un oeil sur Facebook. Puis mes doigts se sont figés sur le clavier. Mes yeux sont passés d’un écran à l’autre. L’info en continu. L’horreur, l’effroi. Les larmes ont inondé le clavier. Autour de moi, les enfants n’ont pas compris. Je ne lisais pas systématiquement Charlie Hebdo mais, inconsciemment, ces dessinateurs étaient pour moi les sentinelles de nos libertés individuelles. Hier j’ai pleuré, j’ai parlé, j’ai partagé, je suis sorti avec ma femme parce qu’il fallait que nous soyons debout sur cette place de la mairie. J’ai remercié Benjamin Keltz, applaudi le discours de Xavier Debontride (journalistes présidents du club de la presse de Bretagne à l’initiative du rassemblement) et celui de Nathalie Appéré, Maire de Rennes. J’ai mal dormi. Ce matin j’achète la presse, Charlie Hebdo est en rupture de stock. Je pense aux 12. Je dois me remettre au travail. Je dois réécrire, je suis journaliste.

Ce matin, j’ai jeté mon papier sur les étoilés. Comment puis-je parler de choses aussi futiles ! Comment vais-je continuer à publier des recettes ?

Mais si finalement. Parce que le bien-manger est aussi primordial que le rire. Parce que la gastronomie n’est pas futile. C’est un héritage, une culture à défendre, une éducation, un combat pour notre terre, un partage, des rires, du plaisir. Parce que journaliste culinaire c’est surtout défendre la cause du manger bon, propre et juste. Parce que journaliste culinaire en Bretagne c’est défendre des cuisiniers et des restauratrices qui aiment les gens, qui ont une ouverture d’esprit, une liberté de créer. Journaliste culinaire en Bretagne c’est soutenir des producteurs qui ne maltraitent pas leur terre. Défendre le bien manger aujourd’hui en Bretagne c’est aussi défendre nos libertés. S’ouvrir aux autres.

Je me sens comme ce crayon de Bansky publié sur son compte Instagram, plus déterminé aujourd’hui.

Olivier MARIE

Bansky
Bansky © Instagram

Écrit par Olivier Marie

Journaliste culinaire professionnel écumant les salles de restaurant et les cuisines de l'Ouest depuis plus de dix ans.
1 commentaire
  1. gastronomica 12 janvier 2015

    Bonjour Olivier. De tout coeur avec vous, mêmes sensations…Tout à fait d’accord avec votre texte.

    Cordialement,
    Luc Sellier

    Répondre

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Poursuivre après Charlie…

par Olivier Marie temps de lecture : 2 min
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