24 juillet 2020

Ces messieurs et demoiselles du Guilvinec

Par In Producteurs

Cinq heures du matin. Dans les ruelles étroites du centre du Guilvinec jaunies par les éclairages, des ombres frôlant les murs, et doublées par de rares voitures pressées, convergent vers le quai et le port de pêche. C’est l’heure pour les marins de rejoindre leur lieu de travail. Pour Johan Guéguen et Ronan Le Bec c’est le Kan Atao. Un bateau en bois de troisième main lancé en juin 1976 d’un chantier d’Audierne. « Mon père l’avait acheté pour faire du filet maillant et il en est venu au chalut. Moi ça fait quatorze ans que je l’ai… il lui reste sept huit ans à faire, » explique posément Johan le patron, tout en allumant les ordinateurs de bord. Ce seront pour l’instant ses seuls mots. Le patron s’engouffre dans sa cabine sous le poste de pilotage pour terminer sa nuit alors que Ronan Le Bec, fidèle marin depuis 20 ans à bord de ce chalutier, prend les commandes. Lui se posera « une fois que l’on sera sur zone. » Une zone sise à une dizaine de miles du Guilvinec, premier port de débarquement de langoustines en France. Mais pour l’instant c’est le bruit des moteurs, l’odeur du fuel et le contact brûlant de la tasse de café en fer blanc sur les lèvres, dans la nuit noire, froide et ventée.

Comme la vingtaine de chalutiers formant la flotte langoustinière du Guilvinec, le Kan Atao sort en mer cinq fois par semaine, « sauf en cas de mauvais temps, » plutôt, comme aujourd’hui, dans la zone « Ouest Penmarc’h / sudet Glénan, dixit Johan. J’aime pêcher au ras des roches car c’est à ce niveau que se concentrent les plus grosses langoustines qui vivent dans la vase. » Et mieux vaut être sur zone de bon matin car la langoustine sort de son terrier au lever du jour. L’aube s’annonce justement lorsque Ronan lâche les deux énormes chaluts dans le fracas métallique des chaines qui plongent vers les fonds. C’est parti pour un premier trait d’environ trois heures. 

Bientôt dix heures, les deux hommes s’apprêtent à relever le premier trait. Le patron ne s’est pas trompé : les deux chaluts, gorgés de langoustines, sont aussitôt déversés sur une table de tri en acier. Un autre travail débute à un rythme soutenu. Il faut désormais sélectionner les langoustines en deux calibres : les grosses d’un côté et les normales de l’autre. Les trop petites sont quant à elle rejetées en mer, comme certains poissons qui font le bonheur de la nuée de goélands affamés qui s’agglutinent dans le sillon du bateau. Une fois triées, les langoustines sont lavées à deux reprises avant d’être stockées dans un espace plus frais. Certains poissons (saint-pierre, soles, tacauds, congres, lottes…) sont également rangés en caisses. 

Deux autres traits seront ainsi lancés dans la journée. Dès le dernier tri effectué, les marins s’activent pour rentrer rapidement au port. « Tout le monde sait que la pêche a été plutôt bonne, il faut donc se dépêcher de rentrer et vendre dans les premiers à la criée avant que les cours ne descendent trop. » Une dernière manoeuvre après le passage du célèbre Feu du môle Nord à tête rouge et voilà les deux pêcheurs accueillis par la foule, fiers de ce qu’ils ont à hisser sur le quai.

Texte & Photos © Olivier MARIE

Écrit par Olivier Marie

Journaliste culinaire professionnel écumant les salles de restaurant et les cuisines de l'Ouest depuis plus de dix ans.

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Ces messieurs et demoiselles du Guilvinec

par Olivier Marie temps de lecture : 3 min
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