26 avril 2019

La dernière drague

Par In Producteurs

C’est la dernière pêche de la saison. Les dernières coquilles, la dernière drague. Ce soir les griffes du Schtroumpf se refermeront. C’est même sa dernière pêche avec Eddy aux commandes qui a vendu son bateau à l’un de ses marins. Fils de terre-neuvas, Eddy Blanchet est patron pêcheur depuis 1989. A 18 ans, son fils Melvin fait partie de l’équipage et, à terre, sa femme Tiphaine, elle aussi issue d’une famille de pêcheurs, s’affaire aux ventes et à l’administratif. 

Un ciel bas et une pluie fine enveloppent le littoral costarmoricain et, à environ 4 milles nautiques du port d’Erquy, la mer, formée, commence sérieusement à bousculer ce Schtroumpf qui fait partie de la flottille costarmoricaine autorisée à pêcher la coquille en baie de Saint-Brieuc, d’octobre à mars. 220 licenciés sur toute la baie et une quarantaine à Erquy. Plus il avance vers sa zone de pêche, plus le bateau tangue, les dragues solidement fixées sur ses flancs. A l’avant, Mathieu vérifie le matériel. La houle ne semble absolument pas perturber les marins qui enfilent, cigarette au bec, leurs cirés. On sent que l’on s’approche. Devant son écran, Eddy décide de la route du jour. Cap au noroit ! Habitué à pêcher de Paimpol au Cap Fréhel, le coquillier file à belle allure, accompagné pendant de longues minutes par trois dauphins qui s’en donnent à coeur joie dans l’écume. 

L’équipage se met en branle, un rayon de soleil semblant donner le feu vert. Les dents de la mer sont lâchées dans un fracas assourdissant, plongeant, voraces, vers les fonds. Ça racle… Depuis des années, Eddy s’est spécialisé dans la pêche sur roche. « La plupart des confrères pêchent sur sable, c’est plus confortable, moins dangereux. Nous on pêche sur roche car, comme il y a moins de monde, les coquilles sont généralement plus abondantes, plus belles et plus lourdes…. » Mais cette technique est évidemment plus risquée, et la casse plus fréquente. Il faut surtout éviter de crocher sur un rocher et faire basculer le bateau. 

Quelques longues minutes de pêche plus tard, l’activité à bord redouble d’intensité. Les marins attrapent les dragues qui remontent violemment, gorgées de coquilles. L’un des deux marins actionne pour ouvrir la mâchoire d’acier qui inonde en quelques secondes le pont d’un flot de coquilles. A peine l’opération terminée, il faut renouveler la manoeuvre à bâbord. Les marins rangeront et trieront les coquilles plus tard. « Il faut aller vite car la pêche est évidemment limitée et les dragues ne peuvent être dans l’eau que 45 minutes au total et ce, deux fois par semaine, » lance Eddy en jetant un regard sur l’arrière. Les dragues coulissent bien. 

Cap sur Erquy, c’est le moment du tri. Agenouillés sur le pont, les marins séparent les coquilles cassées des bonnes, mettent de côté une lotte, des calamars, quelques araignées. Les sacs de 30 kg s’amoncellent. Il faut compter entre 500 et 800 kg de coquilles pour une bonne pêche. Aujourd’hui, pour la clôture, ce sera moins. Aussitôt débarquée, la pêche est généralement vendue en criée aux mareyeurs présents, via le propre réseau d’Eddy et Tiphaine ou directement à des cuisiniers comme Nicolas Adam, chef de La Vieille Tour à Plérin. 

Les dragues sont démontées. La pêche à la coquille est terminée. En attendant la saison prochaine, Le Schtroumpf se mettra aux bulots et aux margattes.

Texte et Photos © Olivier MARIE / goutsdouest.fr

PS : Reportage effectué en fin de la saison de pêche 2018 en compagnie de l’équipage du Schtroumpf et de Nicolas Adam, chef de La Vieille Tour.

Écrit par Olivier Marie

Journaliste culinaire professionnel écumant les salles de restaurant et les cuisines de l'Ouest depuis plus de dix ans.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

La dernière drague

par Olivier Marie temps de lecture : 3 min
0